Atelier Canopé 55 - Verdun
Pôle Histoire & Culture européenne

Documents bruts

Peut-on identifier les "meilleurs documents" à sélectionner pour l'enseignement de l'histoire et de la géographie ?

Deux entrées sont possibles, pas toujours facilement conciliables. Sur le plan scientifique, le meilleur document est le plus fondamental, le plus incontournable, le plus emblématique d'un fait historique ou géographique majeur. Il est donc en particulier d'ordre patrimonial en histoire. De ce point de vue, il n'existerait donc pas de documents trop classiques, trop connus (du professeur mais pas de l'élève) que l'on pourrait éviter.

Au collège, on a déjà tenté d'établir une liste-type de "meilleurs documents", de documents patrimoniaux, inscrite dans les programmes, mais seulement en histoire1. Cette liste-type est relativement ouverte, ce qui lui confère une souplesse indispensable. Elle ne comporte pas que des documents précis (par exemple : l'édit de Nantes) mais des types de documents (par exemple : une abbaye, un château de la Renaissance), ce qui laisse une grande liberté de choix. Par ailleurs la notion de document prend ici un sens très large pour inclure par exemple un progrès technique (par exemple : la caravelle, la locomotive à vapeur) ou une œuvre de fiction (par exemple : un film de Jean Renoir).

On peut aussi estimer que certaines natures de documents sont meilleures que d'autres ; le document-source est en principe préférable au document construit. En histoire, le texte et le document iconographique sont à privilégier. En géographie, la carte et la photographie, si possible aérienne, sont les documents qui en disent le plus sur un espace ou un territoire mais à l'échelle locale ; aux autres échelles, la plupart des documents sont construits par des auteurs, chercheurs ou pédagogues à l'exception des images satellite, qui peuvent être considérées comme des documents sources au même titre qu'une carte topographique au 1/50 000.

Sur le plan pédagogique, le meilleur document est celui qui est susceptible d'être compris par des élèves et aussi de les intéresser, voire de les surprendre. Il faut donc qu'il réponde à des critères de lisibilité et d'attractivité qui peuvent être en contradiction avec l'offre de documents scientifiques. Deux problèmes se posent alors : premièrement, le meilleur document est-il fonction de l'age des élèves et, au même niveau d'enseignement, de leurs inégales capacités ? Il faudrait alors pouvoir proposer des documents de référence par niveau. Par exemple, faudrait-il privilégier l'image, dont la lecture paraît a priori plus immédiate, pour les élèves les plus jeunes ? Il faudrait toutefois mettre en garde contre les risques d'erreur d'interprétation de ces images. Ou bien peut-on utiliser à tout âge les mêmes documents, la seule différence résidant dans l'exploitation pédagogique qui en est faite ? L'examen de manuels de l'enseignement primaire inciterait à choisir cette seconde hypothèse. On semble y trouver davantage d'extraits de cartes topographiques IGN (dès le CE2) qu'au collège, et mêmes des schémas inspirés de la chorématique en CM1. Est-ce normal ?

Deuxièmement, la question du support matériel du document constitue aussi un enjeu important. Le document original est souvent le meilleur : objet apporté en classe par le professeur ou un élève (en histoire, lettres de poilus, papiers de famille, assignats, emprunts russes, "une" de journal, etc. ; en géographie, objets ou photos personnelles rapportés d'un voyage). C'est bien ce qui justifie certains voyages scolaires, lors desquels il s'agit de mettre l'élève en présence du document original, éventuellement mis en scène (œuvres d'art dans un musée, objets de mémoire, éléments du patrimoine architectural, document déposé aux archives, paysages).

L'image animée (extraits vidéos, DVD) offre souvent une réelle attractivité pour des élèves appartenant à ce qu'on appelle parfois la civilisation de l'image. Il peut s'agir d'images et de commentaires d'époque (actualités Pathé) ou de documentaires récents. Dans ces deux cas, le commentaire audio n'est pas de même nature et il faut en tenir compte. Il peut devenir lui-même objet d'étude lorsqu'il s'agit d'un extrait de film de propagande par exemple.

Le support-papier classique, de loin le plus fréquent, peut aussi donner lieu à une rétro-projection. Il se prête donc à une exploitation individuelle ou collective.

Le support numérique progresse rapidement avec l'équipement des établissements en ordinateurs et vidéo projecteurs. La véritable question pédagogique qu'il pose est la suivante : permet-il l'utilisation de nouveaux documents spécifiques, ou bien n'est il qu'un média plus interactif, plus ludique, de meilleure qualité technique pour reproduire des types de documents déjà utilisés ? Cette question est au centre de l'usage pédagogique des TIC. A la question du support est liée celle de la qualité technique du document ou de sa reproduction (dans le domaine photographique notamment) et de sa présentation, voire de sa mise en page, qui n'est pas secondaire.

D'un point de vue aussi bien scientifique que pédagogique, répondre à la question de savoir quels sont les meilleurs documents pour enseigner l'histoire ou la géographie, c'est procéder à des choix pleinement assumés, faire une sélection et éviter l'accumulation dénuée de sens.

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