Atelier Canopé 55 - Verdun
Pôle Histoire & Culture européenne

Documents bruts

Quel usage faire du document en classe ou à l'examen ?

On parle aussi parfois de "statut" du document. Quels objectifs poursuit-on en faisant travailler un élève sur un ou plusieurs documents ? Dans les instructions officielles, il fut un temps question de faire acquérir à l'élève "le comportement de l'historien", d'où dans certains manuels des pages documentaires intitulées : "La démarche de l'historien". Cet objectif ambitieux et sans doute un peu vain est passé à l'arrière-plan dans des instructions officielles plus récentes, et pour cause : l'enseignement secondaire n'est pas destiné à former des historiens ou des géographes professionnels.

On peut relever actuellement quelques fonctions du document, d'importance très inégale. Le "document illustratif " est utilisé de longue date par les enseignants. Il illustre, concrétise des faits exposés fondamentalement sous la forme d'un cours magistral. Il peut donc avoir un caractère anecdotique, piquant voire amusant. On pourrait considérer comme une variante le document "d'accroche", destiné à susciter l'attention des élèves en début de séance et à les sensibiliser de manière vivante à la problématique du sujet. Il peut avoir un caractère anecdotique et fait l'objet d'une présentation rapide.

Le "document-preuve" a pour fonction de justifier, d'authentifier la parole du professeur qui ne s'accorde pas toujours le droit de transmettre sans prouver. Dans ce cas le document devient le vecteur quasi exclusif de l'acquisition de connaissances que le professeur ne veut pas (ou n'ose pas) présenter lui-même. On peut alors être proche du tout-document dans l'enseignement, en particulier en collège.

Le "document-outil" est destiné à des apprentissages de compétences méthodologiques, propres à nos disciplines (par exemple savoir situer un document dans son contexte, savoir faire la critique interne d'un texte, savoir interpréter une carte topographique, savoir lire une photographie aérienne oblique) ou beaucoup plus générales (prélever, sélectionner, confronter des informations en répondant à des questions). Une compétence fondamentale est alors celle de savoir mettre en relation, voire de confronter des informations dans plusieurs documents, ce qui implique une étude conjointe et non pas seulement une analyse linéaire d'une succession de documents. Ces compétences sont celles que l'on évalue dans l'épreuve d'étude de documents aux examens. Cette fonction du document est donc sur-valorisée dans les pratiques de classe, d'autant plus que les objectifs institutionnels ne consistent pas seulement à apprendre aux élèves à lire en compréhension des documents, mais aussi à produire des travaux qui vont à leur tour être qualifiés de "documents", de manière sans doute abusive. L'élève peut ainsi être producteur d'un croquis, d'un graphique, d'un texte.

Le "document patrimonial" est propre au collège, au moins du point de vue institutionnel. Cette catégorie est apparue dans les instructions officielles à l'occasion des programmes de collège de 1995-1998. Il doit être enseigné pour lui-même en raison de son importance, de son caractère emblématique, dans un but civique ; il s'agit de fonder une culture commune à tous les élèves quelle que soit leur origine sociale ou culturelle. On y trouve une liste qui comporte des documents de nature très variée : des textes (religieux, littéraires, philosophiques, juridiques), des monuments, des œuvres artistiques (peintures), des objets techniques, des films emblématiques d'une période, etc. Le terme de "document" est donc utilisé ici dans un sens très large.

Le "document local" et les ressources locales bénéficient d'un regain d'intérêt, même si la question ne se pose pas tout à fait dans les mêmes termes en histoire et en géographie. L'accusation de "localisme" ne semble plus effrayer tant les éventuelles dérives semblent avoir été identifiées. Plus proche, plus concret (l'est-il toujours vraiment ? est-il une simple interface avec le tangible, le palpable ? ), le "document local" peut amener à prendre la mesure de la charnière qui articule le particulier et le général, le singulier et le transposable, le local et le national. Le document patrimonial, l'étude de cas, les dispositifs transversaux que sont les IDD, TPE, les PPCP y ramènent naturellement et les élèves ne sont pas les derniers à manifester de l'inclination pour lui, d'autant que proximité ne signifie pas, tant s'en faut, connaissance et que "le proche peut être étonnamment lointain". Le même document peut servir à répondre à ces différentes fonctions complémentaires.

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