Atelier Canopé 55 - Verdun
Pôle Histoire & Culture européenne

Documents bruts

Définition et typologie des documents

La définition même du mot "document" ne va pas de soi. Étymologiquement ce mot est issu du latin documentum, "ce qui sert à instruire", d'où le sens contemporain (selon le Petit Robert) : "Tout ce qui sert de preuve, de témoignage." Au sens pratique du terme, un document est tout support pédagogique de travail permettant de transmettre des connaissances et de faire acquérir des compétences méthodologiques. L'usage de ce mot est donc devenu très extensif. On en vient même à parler de "document" pour désigner toute information qui circule, notamment sous forme d'une fiche polycopiée. Le mot est par ailleurs peut-être spontanément plus usité en histoire qu'en géographie. Un géographe, enseignant-chercheur, universitaire, parle moins spontanément de "ses documents" que l'historien.

Si l'on veut mieux décider de formes d'utilisation du document avec des élèves, il convient par conséquent de dresser une typologie. On distingue différents types. Le premier, le "document source" est le document par excellence. C'est l'outil à partir duquel travaille le chercheur en histoire, souvent un texte ou un document iconographique. Il convient de ne pas oublier l'image animée pour le XXème siècle, l'œuvre de fiction ou l'image d'actualité. C'est parmi eux que l'on trouve les documents majeurs, à caractère "patrimonial". Cette notion de document source n'est pas toujours évidente en histoire, car son statut et sa valeur peuvent être sujet à débat. Elle l'est encore moins en géographie. Le chercheur géographe utilise assez peu d'outils qui mériteraient le qualificatif de "document-source". Il construit bien plutôt lui-même ses outils de recherche et ses sources (enquêtes, interviews).

En fait, c'est le regard du chercheur qui confère le statut de document (sur lequel va s'appuyer une éventuelle démonstration) à toute "source" qui avait souvent d'autres usages initiaux. C'est le cas de l'œuvre d'art par exemple. En géographie, les cartes et inventaires topographiques, géologiques, de végétation, de risques (en fait toute carte thématique cherchant à rendre compte de manière exhaustive d'un espace sous un angle quelconque), les photos aériennes verticales, obliques, les images satellite, les données statistiques issues de recensements pourraient être considérées comme des "documents sources". Un problème pédagogique important se pose car ce type de document est souvent difficile à étudier avec les élèves. Il nécessiterait un apprentissage qui ne relève pas des objectifs centraux de l'enseignement secondaire (paléographie, capacité à savoir exploiter des images satellite, des Systèmes d'information géographiques) ou qui exigerait des outils d'interprétation adaptés aux élèves et qui sont encore balbutiants, bien que cette piste mérite d'être explorée.

Le second type de document est le document "produit de la recherche". On y trouve tout document extrait de la publication d'un universitaire : texte, graphique, tableau statistique, croquis, schéma, etc. Il pose souvent le même problème de compréhension par les élèves que la source géographique.

Le troisième type de document est le document sélectionné dans l'actualité par le pédagogue. Il s'agit d'un type surtout propre à la géographie (ou à l'éducation civique) : sélection d'un article de journal, d'un document de communication voire de publicité.

Le dernier type enfin est le document construit par un pédagogue, auteur de manuel ou professeur. Il peut s'agir d'un document adapté, de manière plus ou moins inavouée, pour rendre les deux premières catégories de documents accessibles aux élèves. Il s'agit très fréquemment de textes adaptés dans le sens de la simplification, d'où la mention fréquente dans les manuels : "D'après tel auteur." Le plus souvent, ces documents sont produits spécifiquement dans un but de travail avec les élèves. Il peut s'agir de cartes, croquis ou schémas, d'organigrammes, de tableaux statistiques, de graphiques. Comme le précise le rapport de l'Inspection générale sur "Le document dans l'enseignement", "le document en usage dans les classes est presque toujours une représentation et une interprétation". En tout état de cause, le cours d'un manuel ne peut jamais être considéré comme un document. Il n'a donc pas à être utilisé à la manière d'un document comme on le voit parfois dans les classes.

Il existe donc une énorme diversité de sources de nature documentaire, diversité qui n'est pas toujours assumée car devrait lui correspondre une variété aussi grande d'approches pédagogiques. Les documents historiques ne sont par ailleurs pas assimilables aux documents géographiques et relèvent donc d'une approche spécifique. Par exemple, la notion de "présentation" d'un document n'a pas le même sens dans les deux disciplines. Autre exemple : le texte, central en histoire, pose un vrai problème en géographie. Sur quels textes s'appuyer ? Quelle place, voire quelle crédibilité convient-il d'accorder à l'article d'un journaliste ? Ne faut-il pas davantage s'appuyer sur des formes de textes peu usitées : le récit de voyage, l'interview d'un acteur spatial : élu, chef d'entreprise, etc. ? Il faudrait donc éviter de plaquer sur le document une méthode d'analyse homogène et souvent répétitive.

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